Sorry, you need to enable JavaScript to visit this website.

Mines Alerte: une nécessité

Jamie Kneen Communications and Outreach Coordinator responsible for: strategic research, social media, and public engagement; our Africa program, environmental assessment, and uranium mining.

Les opérations minières constituent un enjeu de taille pour la politique publique, les marchés financiers, et plus important encore, pour les communautés et les écosystèmes.

Alors que l'industrie met l'emphase sur sa capacité de générer la richesse et sur ses prouesses dans le domaine du génie minier, on fait fi de son imputabilité devant l'accumulation massive des risques, des coûts et des responsabilités. Le rôle dominant de l'industrie dans l'arène de la formulation des politiques publiques s'est avéré un frein à toute remise en question sérieuse du statu quo intenable.

Le véritable héritage des activités minières inclue quelque 27,000 mines abandonnées à travers le Canada, des milliards de dollars en responsabilité pour la contamination due au drainage d'acide minier, la perturbation à large échelle d'habitats vitaux, de profonds impacts sociaux dans plusieurs communautés minières, ainsi que les bouleversements dus au boom et à l'effondrement des économies locales. Les coûts des opérations minières canadiennes dans les autres parties du monde ont été tout aussi dramatiques.

Au cours des quelques dernières années, des organisations environnementales, communautaires et autochtones, tant régionales que nationales, se sont impliquées dans des conflits miniers locaux et dans les campagnes qui ont vu le jour pour contrecarrer les effets destructeurs liés au développement minier. En dépit de certaines luttes et victoires notables, ces efforts disparates se sont clairement avérés insuffisants pour effectuer des progrès réels dans la remise en question des activités de l'industrie minière moderne et de ses impacts écologiques, économiques et sociaux ou pour contribuer de façon importante à des changements à la législation et à la réglementation se rapportant à l'activité minière au Canada.

Malgré les efforts considérables déployés par l'industrie et les gouvernements en terme de relations publiques, les promesses de viabilité contenues dans les ententes multi-partites telle l'Initiative minière de Whitehorse ne se sont pas matérialisées en fonction de l'intérêt public. Résultats de cette situation à travers le pays: pouvoirs réglementaires influencés et dominés par l'industrie, l'effritement de l'application des règlements, les impacts continus d'ordre écologique, et les pressions politiques constantes auprès des communautés afin qu'elles s'exposent aux risques sans information adéquate, moyens de protection ou mécanismes compensatoires.

Les communautés, particulièrement dans les régions éloignées comme le Grand Nord canadien, sont souvent aux prises avec le dilemme de devoir peser les promesses et les bénéfices à court terme contre le potentiel de conséquences à long-terme très coûteuses. En l'absence d'appui adéquat pour les communautés, ce dilemme joue en faveur des intérêts passagers de l'industrie minière, et non pas en faveur de la viabilité des communautés.

Au Canada, il y a de nombreux exemples connus de communautés aux prises avec des déficits écologiques, économiques et sociaux à long terme légués par l'activité minière:

  • les territoires Innus et Inuits aux prises avec la ruée pour l'appropriation des droits d'exploration et d'exploitation au Labrador;
  • la perte d'habitats vitaux pour le saumon et les pêcheries due au drainage d'acide minier en Colombie-Britannique;
  • les profondes divisions sociales et politiques dans les communautés devant l'incertitude des coûts et bénéfices des retombées minières;
  • l'accumulation des effets négatifs du boom des mines de diamants dans les Territoires du Nord-Ouest sur l'habitat des caribous et sur la qualité de l'eau à long terme;
  • l'ingérence de l'industrie dans le processus de planification de l'utilisation du territoire et de détermination des régions protégées au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest;
  • les coûts de nettoyage de milliers de mines toxiques abandonnées ou en faillite comme la Faro Mine au Yukon ou la Kamkotia dans le Nord de l'Ontario;
  • les visées pour le développement d'un projet d'envergure de mine de charbon dans un habitat de première importance sur des terres adjacentes au Parc National de Jasper;
  • la déréglementation tant fédérale que provinciale en matière de protection environnementale dictée par les associations représentant l'industrie minière.

Les problèmes ne peuvent être mieux illustrés que par l'échec des processus d'évaluation des impacts environnementaux à travers le Canada à mesurer les risques et à gérer les effets de l'activité minière. Les cas du projet de la mine de diamants BHP et de l'étude approfondie concernant la mine Diavik dans les Territoires du Nord-Ouest, des mines South Kemess et Tulsequah Chief en Colombie-Britannique, de l'expansion massive des mines d'uranium en Saskatchewan, et de la mine Cheviot en Alberta ne constituent que quelques exemples récents connus du public. La promesse d'une responsabilité environnementale n'a pas été exaucée.

Entre-temps, la voix politique de l'industrie et de ses adeptes au Canada s'est amplifiée. Des campagnes de relations publiques généreusement financées et à facettes multiples mises en oeuvre par l'industrie vont de programmes dans les écoles primaires (i.e. Rock On Yukon) jusqu'à un effort national de lobby parlementaire sans précédent par son intensité et son obstination.

En même temps, l'expansion du capital canadien à l'échelle mondiale dans le secteur minier fait en sorte que de plus en plus de communautés à travers le monde se familiarisent avec les compagnies canadiennes, souvent appuyées en ce sens par des diplomates, des politiciens et des fonds gouvernementaux canadiens. Les organisations locales se demandent comment parvenir à surveiller et à exercer un contrôle sur les activités – et l'influence – de ces entreprises.

Tirant avantage de la compétition relative aux investissements à l'échelle mondiale, c 'est avec succès que l'industrie minière a fait campagne en faveur de réductions et de restrictions importantes au chapitre des exigences en matière de réglementation et de taxation au Canada comme à l'étranger. Plusieurs organisations environnementales, autochtones et syndicales estiment que les changements structurels et la marge de manoeuvre politique générés par l'industrie par le biais de ces campagnes vont à l'encontre des demandes des communautés et des travailleurs en faveur de mesures essentielles de protection de la culture, de l'environnement et de la santé humaine. Le résultat est une réduction de l'imputabilité et de la responsabilité des entreprises, ainsi qu'une diminution des espaces permettant une participation véritable du public dans les processus décisionnels.

La capacité de la plupart des communautés et des organisations à réagir efficacement face aux pressions et aux menaces posées par les opérations minières s'est avérée limitée. La complexité des aspects techniques reliés au design des mines et à leurs opérations, la pénurie d'expertise indépendante, et les pressions politiques énormes associées aux promesses qui accompagnent le développement minier créent des défis accablants pour les groupes oeuvrant à la conservation de l'environnement et aux gouvernements autochtones et locaux. Les interventions et les négociations sont coûteuses et souvent source de division, tout en offrant que des possibilités limitées de faire triompher les intérêts locaux.

Devant des forces politiques aussi intimidantes, des ONG et des organisations autochtones représentant divers secteurs et régions du Canada ont collaboré à la création d'un organisme national se penchant uniquement sur la question des mines et dont le mandat est d'établir une présence publique agressive auprès des instances décisionnelles, tant du secteur public que privé, à Ottawa et ailleurs au pays. Des stratégies de recherche bien ciblées, des outils d'éducation et la pression politique sont des moyens indispensables pour affecter les pratiques des compagnies minières et les politiques publiques dans le but d'assurer des mesures de protection aux individus, aux communautés et aux écosystèmes.

Mines Alerte s'appuie sur les leçons apprises au niveau local afin d'aller au-delà d'une approche qui consiste simplement à éteindre des feux communauté par communauté. Nous rendons possible une remise en question systématique qui repose sur une meilleure connaissance des instances décisionnelles et sur une analyse informée des options en vue d'une réforme des politiques minières. Mines Alerte cherche des moyens pour créer et nourrir des alliances stratégiques entre les groupes qui visent à promouvoir des politiques minières durables.