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Information: une province des Philippines poursuit le géant minier Canadien Placer Dome

Jamie Kneen Communications and Outreach Coordinator responsible for: strategic research, social media, and public engagement; our Africa program, environmental assessment, and uranium mining.

Catherine Coumans, Ph.D.

Placer Dome à Marinduque

La province de Marinduque est une petite île en forme de cœur près du centre de l’archipel des Philippines. La plupart de ses 200 000 citoyens sont des pêcheurs et des agriculteurs qui vivent surtout de ce qu’ils peuvent récolter dans les rivières, dans la mer et sur terre.

Dès 1956, Placer Dome, qui s’appelait à l’époque Placer Development Limited, a participé à un projet d’exploration sur l’île de Marinduque, dans les Philippines, et elle a procédé à de vastes travaux de cartographie et de forage géologiques. En 1964, la Marcopper Mining Corporation (Marcopper) a vu le jour. En 1969, cette société a commencé à extraire du cuivre sur l’île de Marinduque.

Placer Development Ltd. a obtenu et garanti plus de 40 millions de $ US de prêts pour la nouvelle société d’extraction de cuivre auprès d’un consortium de banques des États-Unis et « Placer a assumé la responsabilité de la planification, de la conception et de la construction de mines à ciel ouvert… »

Placer Dome a toujours été propriétaire de 39,9 p.100 des actions de Marcopper, soit le maximum d’actions que pouvait posséder légalement, jusqu’à récemment, une société étrangère aux Philippines.

Placer Dome a géré les deux mines de Marcopper sur l’île. Tous les présidents et directeurs délégués de Marcopper, de 1969 à 1996 (lorsque la mine a fermé) ont été détachés par Placer Dome.

Marcopper était « sous le contrôle, en matière de conception et de gestion, » de Placer Development Ltd. Cette modalité de gestion a vu le jour dans des accords que Placer Dome a conclus avec les banques dont elle avait garanti les prêts.

Placer Dome a garanti les prêts de la Banque asiatique de développement pour la deuxième mine de Marcopper sur l’île.

Placer Dome a fourni l’expertise technique pour les deux mines.

Placer Dome était la seule société minière engagée dans Marcopper de 1969 à 1994. L’associé inconnu de Placer Dome dans la mine (50 %) jusqu’en 1986, lorsqu’il a été renversé, était le dictateur des Philippines, Ferdinand Marcos. Après 1986, les actions de Marcos ont été reprises et détenues par les gouvernements qui se sont succédé aux Philippines (Corazon Aquino, Fidel Ramos) jusqu’en 1994, lorsqu’elles ont été privatisées.

Trente années de désastres miniers et d’opposition sociale

En près de 30 années d’exploitation minière sous la direction de Placer Dome, les habitants de Marinduque ont subi un désastre environnemental minier après l’autre.

Baie de Calancan – Durant 16 années, de 1975 à 1991, Placer Dome a procédé au rejet, par l’entremise de l’élimination en surface, de plus de 200 000 de tonnes de résidus miniers directement dans les eaux peu profondes de la baie de Calancan, ensevelissant les coraux et la végétation marine ainsi que le fond de la baie sous 80 km carrés de résidus.

Depuis 27 ans, la sécurité alimentaire des 12 villages de pêche qui bordent la baie est gravement compromise. Une grande portion des résidus sont exposés dans la baie et sont périodiquement balayés par les vents jusqu’aux villages avoisinants. Les résidus rejettent aussi des métaux dans la baie, par lixiviation, et on les soupçonne d’être la cause de la contamination au plomb trouvée chez les enfants des villages qui bordent la baie.

En 1998, le gouvernement des Philippines a déclaré l’état de calamité, pour des raisons de santé, dans les villages de la baie de Calancan en raison de la contamination au plomb. Les enfants de la région ont reçu des traitements de détoxication à Manille. On n’a jamais demandé aux villageois de la baie de Calancan la permission de rejeter les résidus et on ne les a jamais dédommagés de leurs pertes. Ils se sont élevés avec vigueur contre cette pratique durant 16 années, et continuent de demander qu’on remette la baie en état et qu’on les indemnise.

Au cours des années 1980, les responsables de Placer Dome ont rencontré périodiquement des ONG canadiennes à ce sujet, mais le rejet de résidus n’a pris fin que lorsque la mine Tapian a été épuisée, en 1991.

Rivière Mogpog – En 1991, on a construit un barrage en terre sur le cours supérieur de la rivière Mogpog, situé en terrain montagneux. Le barrage devait empêcher l’envasement de la rivière Mogpog à partir du dépotoir de la nouvelle mine San Antonio. Les habitants de la ville de Mogpog se sont vigoureusement opposés à la construction du barrage, craignant les répercussions sur la rivière qu’ils utilisent pour s’alimenter, abreuver leurs animaux, faire la lessive et se laver.

En 1993, le barrage a cédé, inondant les villages en aval et la ville de Mogpog si gravement que les maisons ont été emportées, les buffles d’Asie et d’autres animaux d’élevage ont été tués et les récoltes ont été détruites. Deux enfants sont morts emportés par les flots.

Le délégué général de Marcopper, Steve Reid, de Placer Dome, a nié toute responsabilité et rejeté le blâme sur des pluies particulièrement abondantes causées par un typhon. Toutefois, lorsqu’on a reconstruit le barrage, on y a ajouté pour la première fois un déversoir, reconnaissant implicitement la mauvaise conception du barrage précédent.

Deux années plus tard, la quantité de déchets toxiques retenus par le barrage était telle qu’ils s’échappaient par le déversoir jusqu’à la rivière, comme cela se poursuit encore aujourd'hui. La rivière Mogpog est gravement affectée par les déchets toxiques qui franchissent le barrage. Un type de crabe (appelé Bagtuk) que les gens consommaient auparavant a complètement disparu.

Selon une lettre en date du 23 août 2001 rédigée par un cabinet d’ingénieurs de Vancouver, Klohn Crippen, « il est à peu près certain que, dans les conditions actuelles, le barrage cédera dans un proche avenir ». Dans la lettre, Klohn Crippen avertit que la rupture du barrage causera « d’importants dommages à la propriété en aval » et « pourrait entraîner des pertes de vie ».

Les déversements désastreux de résidus dans la rivière Boac en 1996

Le 24 mars 1996, un autre déversement massif de résidus à la mine Marcopper a rempli la rivière Boac, d'une longueur de 28 km sur l’île de Marinduque, de trois à quatre millions de tonnes de métaux enrichis et de résidus producteurs d’acide. Le déversement s’est produit lorsqu’un tunnel de drainage mal scellé, à la base du puits Tapian, a cédé. Le puits épuisé, situé en altitude dans les montagnes du centre de Marinduque, servait, depuis 1992, de lieu d’entreposage pour les résidus de la mine voisine San Antonio. Une équipe d’enquêteurs des Nations Unies a visité l’île peu de temps après le déversement de résidus et a relevé ce qui suit : « Il est évident que la gestion de l’environnement n’est pas une grande priorité chez Marcopper ».

Placer déguerpit – Après le désastre de la rivière Boac, Placer Dome a promis de boucher le tunnel, d’assainir la rivière et le littoral, et d’indemniser les personnes touchées. Mais en 1997, Placer Dome s’est départie de Marcopper par l’entremise d’une société de portefeuille des îles Cayman en propriété exclusive, nommée MR Holdings. En 2001, Placer Dome a quitté les Philippines, laissant à la population de Marinduque des écosystèmes fortement pollués et toxiques.