Communiqué

Experts, organismes appellent les États à mettre fin aux déversements miniers catastrophiques

Source: 
Earthworks – MiningWatch Canada

Pour information:

Plus de 140 organismes de défense de l’environnement et des droits humains issus de 24 pays publient aujourd’hui un nouveau rapport appelant les États à mettre en œuvre 16 lignes directrices pour protéger les collectivités et l’environnement des risques que posent des milliers de sites de résidus miniers à l’échelle mondiale. Ces derniers connaissent des défaillances et des déversements de plus en plus fréquents et de plus en plus sévères, tant dans les pays industrialisés qu’à l’international.

Intitulé “La sécurité avant tout: Lignes directrices pour une gestion responsable des résidus miniers”, le rapport indique que le but ultime de la gestion des résidus miniers doit être celui d’un « préjudice zéro » envers les populations et l’environnement et une politique de « tolérance zéro » pour les pertes de vies humaines.

En 2019, la rupture d’un barrage de rétention des résidus miniers de la minière Vale près de Brumadinho, au Brésil, a tué plus de 250 personnes et rasé des maisons sur des dizaines de kilomètres en aval. En 2014, au Canada, la Mine Polley de la minière Imperial Metals a déversé plus de 24 milliards de résidus miniers dans le Lac Quesnel et le bassin versant du fleuve Fraser, un habitat essentiel à la reproduction du saumon. Les organismes identifient 71 déversements majeurs depuis 2010 qui ont pollué plus de 2 100 kilomètres de cours d’eau et occasionné au moins 482 décès.

Les 16 lignes directrices sont publiés alors que la diffusion d’une nouvelle norme mondiale développée par des associations minières et financières, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNEU), est attendue dans les prochaines semaines. Bien que cette norme vise « à empêcher les défaillances catastrophiques » et à assurer « la sûreté des installations de traitement des résidus miniers », les organismes craignent qu’elle ne sera pas suffisamment contraignante. Les organismes demandent, notamment, les lignes directrices suivantes :

  • Faire de la sécurité le principe directeur (et non les considérations financières) dans la conception, la construction, l’exploitation et la fermeture des sites de résidus miniers, incluant des garanties financières solides fournies en amont. Cela signifie, concrètement, de ne pas autoriser les projets qui n’ont pas les moyens financiers pour payer les pratiques les plus sécuritaires.
  • Exiger la transparence, la consultation publique et le consentement des collectivités touchées, dont le respect des droits à l’autodétermination et au consentement préalable, libre et éclairé des Nations Autochtones, de même que des mécanismes de grief et de protection des lanceurs d’alertes pour protéger le public, les collectivités et les travailleurs.
  • Interdire les nouveaux sites de résidus miniers situés immédiatement en amont de zones fragiles ou habitées, et implanter des plans d’intervention et d’évacuation d’urgence en cas de déversement pour les sites existants.
  • Exiger l’utilisation des meilleures pratiques et technologies, incluant l’utilisation de résidus filtrés ou densifiés, l’élimination des plans d’eau au-dessus des résidus, des conceptions qui puissent résister aux conditions de séismes et de crues extrêmes, de même que l’interdiction des « digues orientées amont » (upstream dams) aux nouvelles mines (plusieurs États les interdisent déjà).
  • Exiger des systèmes de contrôle robustes, transparents et indépendants, et assurer l’imputabilité aux plus hauts échelons des conseils d’administration des sociétés minières: ces derniers doivent assumer la responsabilité pleine et entière face aux risques de défaillance des sites de résidus miniers.

Afin d’éviter le fardeau à long terme que posent les sites de résidus miniers ainsi que leurs impacts sociaux et environnementaux, les organismes soulignent que davantage d’efforts doivent être consentis pour améliorer l’efficacité minérale et réduire la production et la consommation globales des ressources.

Parmi les organismes appuyant les 16 lignes directrices publiées aujourd’hui, on compte des douzaines d’organismes citoyens et communautaires directement touchés par les projets miniers à travers le monde, de même que de nombreux organismes internationaux, dont Amnestie internationale Canada, le Club Sierra, Earthworks, la Fédération mondiale des travailleurs IndustriALL, MiningWatch Canada, le Mouvement mondial des citoyens affectés par les barrages.

Le rapport complet est disponible (en anglais) ici, de même qu’un tableau résumé ici, un résumé en français ici, et deux infographiques ici et ici. Des photos sont disponibles sur demande. 

Citations :

« Il nous faut des normes indépendantes parce que nous ne faisons pas confiance à celles émises par l’industrie. Dans l’État du Minas Gerais, au Brésil, il y a des centaines de sites de résidus miniers toxiques qui risquent de rompent à tout moment à cause de pratiques minières irresponsables. Il est urgent de mettre en oeuvre des normes internationales contraignantes. Souhaitons que le monde sera tirer les leçons du déversement de Brumadinho qui nous a affligé en 2019 afin de prévenir de futures catastrophes. » – Carolina de Moura, Associação Comunitária da Jangada, Brumadinho, Brésil

« Nous avons été témoins des nombreux dommages à l’environnement et aux collectivités qu’a occasionné le déversement minier de la mine Polley au Canada en 2014. Ces déversements s’accélèrent partout sur la planète, maintenant à un rythme 22 déversements majeurs tous les dix ans. Le consentement préalable, libre et éclairé des collectivités est essentielle pour assurer la sécurité des sites de résidus miniers. » – Loretta Williams de l’Association des femmes Autochtones pour un secteur minier responsable, Canada

 « Les lois encadrant le secteur minier sont désuètes, tant en Alaska qu’au Canada. Il faut un secteur minier responsable et sécuritaire, pas seulement pour les travailleurs, mais également pour tous les autres, comme nous, qui vivons à proximité ou en aval des sites miniers. Il faut préserver la qualité de l’eau pour les générations futures, c’est notre devoir » – Frederick Olsen, Jr., de la Commission Autochtone interfrontalière dans le sud-est de l’Alaska, États-Unis

« Nous appelons les États et les institutions internationales à rapidement mettre en œuvre ces 16 lignes directrices afin de mettre fin aux déversements miniers catastrophiques. L’auto-régulation de l’industrie n’est pas un rempart adéquat pour protéger l’intérêt public. Nous faisons face à un problème majeur qui nécessite des actions majeures. La sécurité doit être le principe directeur et non le profit des entreprises » – Ugo Lapointe, MiningWatch Canada

« L’industrie met encore trop souvent les considérations économiques avant la sécurité des personnes et de l’environnement. Mettre en œuvre ces lignes directrices permettrait d’améliorer la sécurité des sites de résidus miniers, d’exiger le consentement des collectivités touchées et de tenir les sociétés minières imputables face à leurs actions, tant sur les plans légal et que financier. Toute réglementation qui ne rencontre pas ces critères met à risque les populations et l’environnement. » – Jan Morril, Earthworks