Billet de blog

Un collectif organise des marches citoyennes sur les claims du controversé projet minier de lithium de la compagnie Sayona Mining

(Anicinape Aki, La Motte, Abitibi, Québec, Canada) Fondé en mars 2021, le Collectif des Pas du Lieu s’est donné une mission aussi simple qu’importante : encourager la marche dans les forêts publiques en Abitibi-Témiscamingue. 

Le choix des lieux de rassemblements n’est cependant pas laissé au hasard. En effet, les sentiers du Collectif sont tracés directement sur les claims du controversé site minier Authier Lithium de la compagnie minière Sayona Mining, dans la municipalité de La Motte, en Abitibi-Témiscamingue, dans le nord du Québec, au Canada. 

L’objectif ultime du Comité est clair : inviter les gens à saisir la beauté et la fragilité de la forêt et de l’esker menacés par le projet Authier Lithium pour ensuite s’impliquer concrètement à la conservation des lieux. 

À ce jour, le Collectif a tenu une dizaine de marches populaires en toutes saisons, chacun rassemblant quelques dizaines de marcheurs venant de partout dans la région. 

Depuis le début de l’année 2022, le Collectif convie toute personne intéressée à se joindre aux marches collectives les premiers et troisièmes dimanches de chaque mois. Les itinéraires proposés sont de niveau débutant à intermédiaire, en fonction du niveau du groupe. Les marches s’adressent à un public de tout âge et sont particulièrement appréciées par les jeunes familles. Des personnes allant de 2 à 77 ans y ont déjà fait partie du nombre.

La prochaine marche aura lieu ce dimanche 6 février à compter de midi. Les informations pour le lieu de rencontre sont disponibles sur l’événement Facebook du Collectif des Pas du Lieu. 

Un lieu unique et vulnérable

Il faut souligner que l’endroit menacé par le projet minier est d’une grande importance et d’une rare beauté. La fosse actuellement projetée par la compagnie Sayona Mining est située à quelques dizaines de mètres à peine de l’esker Saint-Mathieu-Berry, qui constitue l’une des meilleures sources d’eau potable au monde. L’esker est un filtre naturel hérité du retrait des glaciers il y a plusieurs millénaires et qui abrite désormais une rivière souterraine à l’eau d’une pureté exceptionnelle.

Par ailleurs, les experts du gouvernement qui se penchent actuellement sur les évaluations environnementales préliminaires du promoteur ont décrit l’écosystème naturel du site comme étant « riche et très rare en région ».

Une mobilisation citoyenne historique depuis 2018

La création du Collectif des Pas du lieu s’inscrit au sein d’une large mobilisation citoyenne pour la protection de l’esker Saint-Mathieu-Berry qui a débuté il y a maintenant quatre ans. Le 1er février 2018, un article de Radio-Canadarévélait pour la première fois la proximité entre l’esker et le projet Authier Lithium, alors évaluée « à moins de 500 mètres de l’esker ». La nouvelle a instantanément provoqué un vent d’indignation dans la population abitibienne. Il fallut néanmoins neuf mois pour que la compagnie diffuse une carte démontrant que les installations projetées les plus proches à l’époque étaient en réalité à peine à 20,2 mètres de l’esker.

La population s’est également soulevée devant l’impression que Sayona Mining tentait d’éviter les évaluations environnementales les plus rigoureuses. En effet, la minière avait délibérément conçu son projet à l’origine dans le but d’éviter d’être soumise au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). En effet, en choisissant d’extraire 1900 tonnes métriques de minerai par jour, Sayona Mining souhaitait légalement passer sous le seuil des 2000 tonnes entraînant l’application automatique de la rigoureuse procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement (PEEIE). La compagnie avait par ailleurs reconnu qu’elle prévoyait initialement extraire un volume quotidien de 2100 tonnes, ce qu’entendait également faire la précédente minière de qui elle a acquis les droits en 2016. 

Une vaste mobilisation citoyenne s’est rapidement constituée avec pour principal objectif de démontrer au ministre de l’Environnement du Québec la nécessité de soumettre le projet Authier Lithium au BAPE par son pouvoir discrétionnaire devant les enjeux majeurs sur l’environnement et les préoccupations légitimes de la population. L’appui du public était considérable : une pétition signée par plus de 30 000 personnes, plusieurs groupes citoyens locaux et organisations syndicales, de nombreux organismes à vocation scientifique, des dizaines d’artistes et même la Ville d’Amos abondaient dans le même sens. Plusieurs manifestations ont eu lieu dans la foulée, dont certaines directement sur les claims de la compagnie minière au pied de l’esker. Malgré ce large consensus, le ministre de l’Environnement n’a jamais voulu se saisir de son pouvoir discrétionnaire pour assujettir le projet Authier Lithium à la PEEIE menant devant le BAPE. 

Or, en analysant des documents obtenus par voie de demande d’accès à l’information adressée au ministère de l’Environnement, les membres du Comité citoyen de protection de l’esker (CCPE) ont découvert que le projet Authier Lithium dépassait dans les faits le seuil d’assujettissement automatique à la PEEIE prévu dans la réglementation provinciale lors de la septième année de son plan d’exploitation. 

Fort de cette information, le CCPE a adressé le 26 février 2019 une mise en demeure au ministre de l’Environnement lui accordant dix jours pour soumettre le projet Authier à la PEEIE sous peine de poursuite devant les tribunaux. Huit jours plus tard, le ministre de l’Environnement confirmait l’interprétation du CCPE et annonçait que le projet Authier Lithium serait soumis à la PEEIE.  

Un projet présentement non recevable

Cela fait maintenant trois ans que Sayona Mining a été contrainte à la rigoureuse PEEIE et elle n’a toujours pas complété son évaluation environnementale. Les plus récents avis du gouvernement, qui datent de février 2021, indiquent que les experts de huit ministères et organismes considèrent que le projet Authier n’est pas recevable. Ils estiment que des études supplémentaires sont requises et ce, dans plusieurs domaines variés comme en matière de transport du minerai, d’évaluation de la qualité des eaux, de contaminants atmosphériques ou de caractérisation physicochimique de l’état des sols. 

Parmi les plus graves préoccupations soulevées, un important « doute plane toujours sur la nature lixiviable des stériles miniers » et ce, contrairement à ce qu’avançait le promoteur dans la première version de son étude d’impact publiée en mai 2018. Le risque de génération d’acide a d’ailleurs été relevé par plusieurs experts de ministères différents. D’autre part, tant le Ministère de la Faune, de la Flore et des Parcs que celui de l’Environnement déplorent des lacunes considérables dans les inventaires d’espèces animales et floristiques. Le peu d’études réalisées par Sayona Mining démontre cependant l’existence d’une biodiversité « riche », « très rare » et « particulière » sur le site Authier, que ce soit pour « la faune aviaire, les amphibiens, les reptiles et les plantes ». À titre d’exemple, plusieurs espèces animales menacées ou vulnérables fréquentent le site et deux espèces floristiques qui n’avaient jamais été répertoriées auparavant dans toute la plaine argileuse de l’Abitibi y ont été observées à de nombreux emplacements.

Conséquemment, le gouvernement a transmis au promoteur un document étoffé de 22 pages soulignant « les lacunes et les imprécisions » de son travail en exigeant que de nombreux « éléments de réponse doivent être complétés ou précisés ».

Il faut rappeler que cet important examen attentif par les experts du gouvernement des études commanditées par le promoteur n’aurait pas été réalisé si les citoyens n’avaient pas exigé que le ministre de l’Environnement soumette le projet à la PEEIE. 

Le projet de Sayona Mining change : l’évaluation des impacts doit être revue

Un revirement majeur dans la stratégie de Sayona Mining s’est produit au mois d’août 2021 : son rachat de la mine North American Lithium (NAL) alors en instance de faillite. Située à La Corne, en Abitibi, la mine NAL se trouve à quelque 70 kilomètres du site du projet Authier Lithium dans la municipalité de La Motte. 

Dès lors, le promoteur a clairement indiqué que son projet Authier Lithium serait considérablement modifié. Le plan de Sayona Mining consiste désormais à transporter le minerai de La Motte par camion jusqu’à La Corne pour alimenter le concentrateur de la mine NAL. 

Sayona Mining a également affiché son intérêt d’en faire autant avec le minerai provenant de ses claims situés sur le territoire ancestral non cédé de la communauté anicinape de Long Point First Nation (LPFN). Encore une fois, l’objectif est de transporter le minerai par camion jusqu’à l’usine de La Corne. Cette fois, le trajet se ferait sur près de 150 kilomètres en traversant notamment l’habitat essentiel du caribou forestier de Val-d’Or, une espèce considérée comme menacée et en péril. 

Dans tous les cas, l’objectif de Sayona Mining est clair : développer un seul projet minier qui s’approvisionne de minerai venant de plusieurs gisements dans la région. 

Plutôt que d’exploiter trois différentes usines sur le territoire de l’Abitibi-Témiscamingue, le réel projet de Sayona Mining consiste à centraliser ses activités à même son concentrateur de La Corne. Logiquement, l’évaluation des impacts du projet minier de Sayona Mining devrait donc tenir compte de l’ensemble des nouvelles composantes.

Voilà pourquoi la procédure d’évaluation environnementale en cours ne doit plus se limiter uniquement aux impacts sur l’environnement propres au projet Authier Lithium à La Motte, mais bien porter sur l’ensemble des impacts cumulatifs du réel projet de Sayona Mining à l’échelle de l’Abitibi-Témiscamingue. 

Au-delà de ces enjeux, il demeure primordial d’occuper les lieux afin de s’imprégner de leur beauté fragile et menacée. Répondre aux invitations du Collectif des Pas du Lieu en est un excellent moyen. 

Sayona Mining dans l’Atlas de Justice Environnementale 

Pour plus d’informations sur les trois projets de la compagnie Sayona Mining en Abitibi-Témiscamingue, consultez les fiches détaillées dans l’Atlas de Justice Environnementale : 

En résumé : En activité depuis 2012, avant même que le processus d’évaluation fédéral ne soit complété, la mine North American Lithium n’a pas été assujettie à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement et n’a pas fait l’objet de consultations devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Sa brève histoire est notamment marquée par deux faillites qui ont mené à la perte de plusieurs millions de dollars investis par l’État et des entreprises locales. Le site est aussi tristement connu pour ses plus de 50 millions de litres de contaminants déversés dans l’environnement suite notamment à la rupture d’un parc à résidus et à un bris de conduite d’acheminement des résidus miniers. Comparativement au plan initialement autorisé par le ministère, la fosse a augmenté dans toutes les directions et son tonnage a augmenté de 45% sans que l’évaluation environnement ne soit mise à jour. L'étude hydrogéologique initiale est également jugée désuète par la Société de l’eau souterraine Abitibi-Témiscamingue.

  • Tansim Lithium, territoire non cédé de Long Point First Nation (Québec)

En résumé : Le Conseil de Long Point First Nation prend très au sérieux « la menace imminente » posée par les travaux d’exploration de Sayona Mining au site Tansim lithium se trouvant à proximité du lac Simard d’une grande importance pour la communauté. Ainsi, dans une lettre envoyée le 12 mai 2021, il a demandé officiellement au gouvernement du Québec de suspendre sans délai les droits miniers de la compagnie sur son territoire ancestral non cédé et d’intervenir dans le respect de l’obligation constitutionnelle de consultation qui incombe à l’État. Aucuns travaux de forage n’ont été réalisés sur place depuis, mais la compagnie continue de compter sur ce gisement dans sa stratégie régionale.

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