Communiqué

Le gouvernement canadien garde le silence sur l'implication de Blackfire dans une affaire de corruption et de meurtre survenue il y a deux ans dans l'État mexicain du Chiapas

(Ottawa/Toronto) Deux ans après avoir déposé une plainte contre Blackfire Resources à la GRC relativement à des allégations de corruption, un groupe d'organismes de la société civile canadienne souhaite connaître la position des autorités canadiennes quant aux activités controversées qu'exerce cette société de Calgary dans l'État mexicain du Chiapas. Or, après 18 mois d'attente, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) n'a toujours pas donné suite à une demande d'information qui lui a été présentée en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Selon des documents obtenus à la fin de l'année 2009 par Common Frontiers, Mines Alerte Canada, le Syndicat des Métallos et d'autres organismes, Blackfire versait de l'argent dans le compte bancaire personnel de l'ancien maire de la municipalité de Chicomuselo, au Chiapas, où la société exploitait une mine de barite. Le 10 mars 2010, neuf organismes de la société civile canadienne ont déposé une plainte à la GRC en vertu de la Loi sur la corruption d'agents publics étrangers. L'été dernier, les médias nationaux ont révélé que la police fédérale avait entrepris une enquête dans le cadre de laquelle une descente aurait été effectuée dans les bureaux de la société, àCalgary. Aucune accusation n'a encore été portée. Blackfire avait déjà fait les manchettes à la suite du meurtre de Mariano Abarca Roblero : ce leader en vue dans la collectivité et opposant aux activités de la société a été tué par balle devant son domicile le 29 novembre 2009. Peu après la mort de Mariano Abarca Roblero, plusieurs hommes ayant des liens connus avec Blackfire se sont retrouvés derrière les barreaux. Les autorités environnementales de l'État ont également suspendu temporairement les activités d'exploitation minière de la société à Chicomuselo. Le Syndicat des Métallos, Common Frontiers et Mines Alerte Canada ont envoyé une délégation d'enquête au Chiapas à la fin mars 2010 pour pousser les recherches relatives au meurtre de Mariano Abarca Roblero et aux activités de Blackfire. D'après les conclusions de la délégation, l'exploitation de cette mine à ciel ouvert avait suscité la grogne de la population locale en raison de promesses non tenues, d'avantages insuffisants et de la dégradation environnementale causée par la mine. Les délégués ont constaté que la présence de la société divisait les collectivités, et ils ont entendu de nombreuses personnes réclamer le départ de Blackfire. Au cours d'une visite à l'ambassade du Canada au Mexique, la délégation a été informée que le conseiller politique de l'ambassade avait rédigé un rapport à la suite d'un séjour d'enquête au Chiapas, quelques semaines seulement après le meurtre de Mariano Abarca Roblero. Quand la délégation en a réclamé une copie, on leur a répondu que le rapport était « classifié ». À l'été 2010, une demande a été soumise au MAECI en vue d'obtenir copie de ce rapport. Le Ministère n'a toujours pas fourni le rapport, malgré les multiples promesses des chargés de dossier et le dépôt d'une demande au Commissaire à l'information. Entre-temps, la possibilité que la société déploie de nouvelles activités au Chiapassuscite des préoccupations majeures. En janvier, le journal national mexicain La Jornada a rapporté les propos de citoyens de la municipalité de Siltepec, qu'une vallée sépare de Chicomuselo. Ces citoyens ont formulé le commentaire suivant : « [Nous voulons] que cesse le pillage clandestin de minéraux, la société minière Blackfire ayant déjà extrait clandestinement huit chargements de camion de minéraux pendant la nuit… Nous souhaitons aviser toutes les parties concernées que nous ne permettrons pas que de telles activités se produisent où que ce soit dans la Sierra. » Il est possible qu'une autre société minière exerçant des activités indésirables dans une région située si près de Chicomuselo soit confondue avec Blackfire, qui est très peu estimée dans la région. Toutefois, compte tenu des récents événements et de la probabilité raisonnable qu'il s'agisse d'une nouvelle initiative de Blackfire, il y a matière à préoccupation. Outre la législation anticorruption, il n'existe pas de mécanismes définis pour amener l'entreprise à rendre compte de ses agissements passés. De plus, en ne fournissant pas de réponse claire, le MAECI ne se montre pas particulièrement enclin à régler une affaire mettant en jeu le territoire et la vie des membres d'une collectivité. Par conséquent, il est difficile de déterminer à qui adresser la récente plainte formulée par des citoyens de la région de Siltepec. À la veille de la conférence Joindre le geste à la parole : les droits de la personne à l'étranger, prise II, qui se tiendra cette semaine sur la Colline du Parlement, nous exigeons une fois de plus que les sociétés minières soient tenues responsables des activités qu'elles mènent à l'étranger. Le projet de loi C-323, qui autoriserait les citoyens d'autres pays à poursuivre des entreprises canadiennes par l'intermédiaire de nos tribunaux, est le genre d'initiative législative qui permettrait de contrer les abus fréquemment commis par les sociétés minières canadiennes comme Blackfire. Nous réclamons également une plus grande obligation redditionnelle de la part du gouvernement canadien, qui doit pouvoir expliquer pourquoi le ministère des Affaires étrangères ne réagit pas plus promptement et efficacement dans une situation où les droits et la qualité de vie de citoyens sont bafoués et où les préoccupations soulevées par les collectivités touchées restent depuis longtemps lettre morte.

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Renseignements: Syndicat des Métallos : Mark Rowlinson, 647-231-5983 Mines Alerte Canada : Jen Moore, 613-569-3439 Common Frontiers : Raul Burbano, 416-522-8615